crash_gomaAlors que les 5 chantiers du Président pointaient enfin le bout du nez, voilà que le sort s'abat une nouvelle fois sur le Congo-Kinshasa. Pourtant, le pire n'est pas là où on croit...

A la une des médias, on apprend qu'un avion est encore tombé sur la RDC. Cette fois, c'est un gros porteur, avec une centaine de passagers à bord. Il était affrété par la meilleure compagnie du pays. Faut pas demander... Mais le principal drame de ce printemps 2008 n'est pas celui-là. Il est plus sournois.

C'est bien connu, un arbre (ou un avion) qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pourrit. Et en matière de douleurs oubliées, la RDC a déjà donné.Le pays vient de connaître le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale sans émouvoir outre mesure les médias occidentaux. Un avion qui tombe suscite l'émoi et l'intérêt journalistique. Comme les moines tibétains, c'est un symbole fort qui touche les gens. Alors, quelques voix se lèvent et l'opinion s'indigne... un peu.

march_Je ne conteste pas la pertinence de certaines causes médiatiques. Mais je constate seulement qu'il y a deux poids, deux mesures. L'Afrique souffre en silence de ses trous noirs (cfr. BHL). Ces concentrations de misère et de douleur auxquelles personne ou presque ne s'intéresse. Les victimes somaliennes ou congolaises ne bénéficiceront jamais du feu des médias... pas l'ombre d'une caméra. Ils faut croire que ces dizaines de milliers de femmes violées, ces centaines de villages pillés et ces populations terrorisées méritent moins de considération que l'équipage d'un voilier de luxe. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi. 

Aujourd'hui, un nouveau drame se profile avec la flambée des prix. Des millions de personnes voient la famine fondre sur elles. Ce matin, je lisais dans la presse locale : "En moins d’une semaine, les prix des produits de première nécessité ont quasi doublé sur le marché kinois. Les mamans déboussolées ne savent plus à quel saint se vouer." En silence, ces prix ont pris l’ascenseur. La mesure de farine de manioc est soudainement passée de 100 à 150 fc, celle de maïs de 150 à 200 fc. Le sucre a augmenté de 25% en quelques jours et les haricots de 50%.

L'inflation, c'est moins impressionnant que la chute d'un Antonov. C'est moins sexy pour l'audimat. Pourtant les conséquences risquent d'être bien plus catastrophiques. Faut-il attendre des émeutes de la faim à Kinshasa pour espérer une réaction?