« Le baroque est un style qui se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, l’exubérance et de la grandeur parfois pompeuse. »

ndomboloAlors, Kinshasa est incontestablement baroque. La simplicité est rarement du goût des kinois. A la sobriété, ils préfèrent la surabondance. De l’architecture à la musique, de la danse à l’habillement. Ici, on force le trait. En particulier quand il s'agit de frimer, on aime l’excès.

Le ndombolo en est une belle illustration. Aujourd'hui, c’est «la» musique kinoise par excellence. Une musique et une danse nées ici et qui font bouger les filles jusque Dakar et Abidjan. C’est la fierté de tous les Congolais.

Généralement, les (très) longs morceaux de ndombolo commencent doucement pour évoluer vers le «sebene», la partie déjantée de la chanson, ces quelques minutes où la piste de danse entre en ébullition. Les riffs de guitares sont alors ininterrompus et le rythme ultracadencé. Là dessus se greffent les chanteurs et les ambianceurs qui donnent de la voix… en même temps! Pour le profane, cette partie est presque inaudible tant le style est chargé. C'est pourtant le coeur de l'ambiance kinoise.

Après un an et demi de Kinshasa, j’ai encore bien du mal à distinguer la différence entre Werrason, JB Mpiana ou Wazekwa. Mais je dois admettre que j’ai pris goût à cette joyeuse cacophonie. Lorsque les décibels s'affolent, impossible de rester assis. Si l’on se donne la peine de s’aventurer sur la piste, au milieu des miroirs et des déhanchements endiablés, on ne peut que succomber. On est alors entraîné dans des chorégraphies délirantes que tout bon kinois connaît sur le bout des doigts. C’est le feu. De la folie furieuse. C’est Kinshasa.

werrason_temps_presentIci, le ndombolo est une véritable religion. Malheureusement, son message est creux. Les paroles glorifient généralement la sape, les filles et… les sponsors. C'est le phénomène «libanga». Moyennant quelques centaines de dollars, une entreprise, une marque de bière, un homme politique ou un officier de l’armée peut voir son nom placé dans la chanson. On compte souvent plusieurs dizaines de ces dédicaces par morceau. La musique n’est plus qu’un support publicitaire. Curieusement, cela ne semble pas émouvoir grand monde. Au contraire, on se bat pour être cité dans le prochain tube de l’année.

Comme la «sape» et bien d’autres phénomènes sociaux ou musicaux, le «libanga» est né à Kin pour se répandre par la suite à travers continent. Kinshasa, c’est l’Afrique de l’Afrique. C’en est à la fois le cœur et la caricature. Comme un aimant, le noyau attire à lui ce qui l’entoure. Les éléments convergent vers Kinshasa. Une fois au cœur du cyclone, ils se mélangent, se transforment, renaissent et rejaillissent. Même si la ville a perdu de sa superbe, c’est ici que surgissent nombre d’influences qui se propagent ensuite alentours. Kinshasa est un bouillon de cultures. C’est le cratère du volcan. Tout ici est exacerbé... baroque…