23 juillet 2008
Kinshasa est baroque...
« Le baroque est un style qui se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, l’exubérance et de la grandeur parfois pompeuse. »
Alors, Kinshasa est incontestablement baroque. La simplicité est rarement du goût des kinois. A la sobriété, ils préfèrent la surabondance. De l’architecture à la musique, de la danse à l’habillement. Ici, on force le trait. En particulier quand il s'agit de frimer, on aime l’excès.
Le ndombolo en est une belle illustration. Aujourd'hui, c’est «la» musique kinoise par excellence. Une musique et une danse nées ici et qui font bouger les filles jusque Dakar et Abidjan. C’est la fierté de tous les Congolais.
Généralement, les (très) longs morceaux de ndombolo commencent doucement pour évoluer vers le «sebene», la partie déjantée de la chanson, ces quelques minutes où la piste de danse entre en ébullition. Les riffs de guitares sont alors ininterrompus et le rythme ultracadencé. Là dessus se greffent les chanteurs et les ambianceurs qui donnent de la voix… en même temps! Pour le profane, cette partie est presque inaudible tant le style est chargé. C'est pourtant le coeur de l'ambiance kinoise.
Après un an et demi de Kinshasa, j’ai encore bien du mal à distinguer la différence entre Werrason, JB Mpiana ou Wazekwa. Mais je dois admettre que j’ai pris goût à cette joyeuse cacophonie. Lorsque les décibels s'affolent, impossible de rester assis. Si l’on se donne la peine de s’aventurer sur la piste, au milieu des miroirs et des déhanchements endiablés, on ne peut que succomber. On est alors entraîné dans des chorégraphies délirantes que tout bon kinois connaît sur le bout des doigts. C’est le feu. De la folie furieuse. C’est Kinshasa.
Ici, le ndombolo est une véritable religion. Malheureusement, son message est creux. Les paroles glorifient généralement la sape, les filles et… les sponsors. C'est le phénomène «libanga». Moyennant quelques centaines de dollars, une entreprise, une marque de bière, un homme politique ou un officier de l’armée peut voir son nom placé dans la chanson. On compte souvent plusieurs dizaines de ces dédicaces par morceau. La musique n’est plus qu’un support publicitaire. Curieusement, cela ne semble pas émouvoir grand monde. Au contraire, on se bat pour être cité dans le prochain tube de l’année.
Comme la «sape» et bien d’autres phénomènes sociaux ou musicaux, le «libanga» est né à Kin pour se répandre par la suite à travers continent. Kinshasa, c’est l’Afrique de l’Afrique. C’en est à la fois le cœur et la caricature. Comme un aimant, le noyau attire à lui ce qui l’entoure. Les éléments convergent vers Kinshasa. Une fois au cœur du cyclone, ils se mélangent, se transforment, renaissent et rejaillissent. Même si la ville a perdu de sa superbe, c’est ici que surgissent nombre d’influences qui se propagent ensuite alentours. Kinshasa est un bouillon de cultures. C’est le cratère du volcan. Tout ici est exacerbé... baroque…
11 juillet 2008
De port en port…
Il y a en un an, ma vie sociale à Kinshasa était encore trop « naissante » pour que je ressente vraiment le phénomène. Cette fois, je le prends de plein fouet… comme un retour de boomerang. Et oui, les amitiés d’expatriés sont éphémères.
A beaucoup d’égards, l’expatriation est exaltante. D’une part, c’est l’occasion de découvrir un autre univers, de s’imprégner d’une autre culture. En soi, c’est déjà une richesse inestimable. Si on a la chance de trouver un pays accueillant et d’en parler la langue, les amitiés se créent naturellement. C’est à travers elles que l’on va progressivement apprivoiser le pays, en comprendre la culture et le fonctionnement.
Mais à côté des liens très forts que l’ont peut tisser avec les « locaux », une part importante de la vie sociale est partagée avec d’autres expatriés. Je voulais vous en parler un peu aujourd’hui.
A la descente de l’avion, on est tous perdus. On veut tout voir, tout comprendre mais on manque de repères. On cherche tous azimuts et rapidement on se rend compte qu’on est pas seul dans le cas. D’autres empruntent la même route de l’aventure. Certains, plus anciens, sont même un peu plus loin. Alors, confrontés aux mêmes surprises, aux mêmes incompréhensions, on se retrouve, on échange et on avance.
Evidemment, chacun va à son rythme. Les plus entreprenants connaissent déjà le Lingala quand d’autres se demandent toujours qui est Kabila. Les uns ne jurent que par "la cité" alors que certains refusent de sortir de Gombe. En fait, chacun réagit à sa manière au choc culturel. Souvent, cela dépend de l’histoire personnelle de chacun. Les vieux baroudeurs qui en sont à leur dixième pays d’Afrique sont peut-être moins enthousiastes à l’idée de manger de la chèvre au milieu du brouhaha et des gaz d’échappements. Mais les écouter parler n’en est pas moins intéressant.
De manière générale, les « mundele » que l‘on rencontre sous ces latitudes ne laissent pas indifférent. Qu'on apprécie ou non leurs motivations, il faut tout de même un peu de détermination et de suite dans les idées pour atterrir sous l’équateur. Mais évidemment dans le tas, on trouve de tout : des saints comme des brigands. J’étais à peine arrivé que l’un d’eux me disait que la différence entre un touriste et un raciste était une question de semaines. Vous l’aurez compris, à chacun de faire son tri.
A côté de ceux là, on trouve forcément une foule de semblables, des gars qui se retrouvent là pour les mêmes raisons que toi. De surcroît, à Kinshasa, les compatriotes du plat pays ne manquent pas. Souvent, il ne faut pas le dire deux fois. Le courant est immédiat. Avec de tels points communs et confrontés aux mêmes défis, les amitiés sont... fulgurantes!
Mais voilà, toute médaille a son revers. Je l’avais peut-être un peu oublié, mais ces amitiés sont condamnées… La précarité des contrats des coopérants et leur soif de découverte en font des voyageurs invétérés. Après trois ans à Kinshasa, on est déjà un dinosaure, après cinq on est complètement fossilisé. Voilà pourquoi il faut garder à l’esprit que les belles rencontres que l’on peut faire ne seront qu’éphémères.
Chaque été vient la période des grands remaniements. L’exode précède les nouvelles arrivées. Les « Au revoir » sont généralement des « Adieu ». Je comprends désormais que les années passant, les vétérans s’investissent moins qu’avant dans les nouvelles relations. Ce sera sans doute également mon cas… jusqu'au jour où moi aussi, je ferai mes valises.












