07 mars 2008
Pour attirer le client...
A Kinshasa, on peut dire que la religion est dans tout et parfois même... tout dans la religion. Les Kinois sont très croyants. Comme souvent en Afrique, il est inconcevable de ne pas appartenir à une religion ou de manquer le culte hebdomadaire. Dieu existe. C'est une certitude!
A côté des trois grandes églises traditionnelles (catholique, protestante et kimbanguiste) une multitude d'églises de réveil fleurissent à travers la ville. Elles font chanter les foules et déchaînent les passions.
Évidemment, il y a à boire et à manger dans ces nouvelles formes de spiritualité. De nombreux pasteurs autoproclamés s'enrichissent sur la crédulité de leurs fidèles. Certains peuvent aussi tenir des discours véritablement destructeurs. Le phénomène des enfants sorciers rejetés de leur famille en est le pire exemple.
Dans tous les cas, quelle que soit l'interprétation qui en est faite, la Bible est partout. Ainsi, il n'est pas rare de voire des versets de l'Evangile sur les vitres des taxis ou sur la devanture des magasins. Lorsque la place manque pour écrire une phrase en entier, ses références suffiront... Nul n'est sensé ignorer la Parole de Dieu! Pas sur pourtant que "Apocalypse 22" séduira le touriste de passage...
04 mars 2008
A Lire!!! Pour ne pas fermer les yeux...
DECLARATION DE L’EGLISE CATHOLIQUE DU KATANGA POUR DENONCER LES VIOLATIONS SEXUELLES ET LES CONDITIONS DESHUMANISANTES AUXQUELLES SONT SOUMIS NOS FRERES ET SŒURS DE L’EST DE LA R.D .C.
Devant la situation inhumaine et injustifiée qui perdure à l’Est de notre pays, la R.D.C., situation caractérisée par des violences de toutes sortes, des violations sexuelles en série et la banalisation de la vie de nos frères et sœurs, nous, supérieures et supérieurs majeurs des congrégations religieuses œuvrant dans la province du Katanga ne pouvons pas nous taire.
Nous invitons la communauté nationale et internationale, dans la mesure où elle est encore sensible à la souffrance de ses semblables, à se joindre à ces cris d'innocents dont les droits sont niés au quotidien. Cette situation entretenue depuis de longues années par des cyniques avides du pouvoir au point de sacrifier des vies humaines est et restera injuste ; pour cela, elle mérite d’être dénoncée et condamnée massivement et sans arrêt.
1. DESCRIPTION DES FAITS.
La guerre imposée à la nation congolaise à travers les populations de l’Est de la R.D .C. est connue de tous, et ses conséquences néfastes sur la société nationale en particulier et la race humaine en général nous interpellent tous. Nous revenons avec insistance sur les viols massifs des femmes et des filles mineures et les violations à grande échelle des droits de la personne humaine. En effet, des faits terrifiants et innombrables dans ce domaine constituent une tragédie assimilable à une « épidémie » dont l’éradication devrait mobiliser tout le monde. Pour ne citer que quelques cas parmi les plus récents :
- A la date du 19 Novembre 2007, MSF a confirmé que 75 % des cas d’agressions sexuelles soignés par son personnel dans le monde sont recensés dans la ville de Goma. Parmi les victimes, une fille de 3 ans martyrisée avec un épi de maïs ; une fille de 15 ans violée par six soldats, puis ouverte avec un couteau ;
- la FIDH revient sur le témoignage d’une fillette de 10 ans, accostée sur son chemin vers l’école, violée à plusieurs reprises, puis séquestrée pendant plusieurs jours. Toujours selon la FIDH , des bébés de six mois tout comme des femmes de septante ans n’échappent pas à la terreur.
- Dans la Libre Belgique mise en ligne le 01/08/2007, l’on peut lire ceci : « Parfois, des hommes armés contraignent un père, un frère ou un mari à violer sa fille, sa sœur ou sa femme, ou encore obligent leur victime à manger la chair de ses parents assassinés par leur soin. Après ce genre d’épreuves, beaucoup de femmes se trouvent désespérément seules, alors qu’elles endurent les conséquences physiques et psychologiques du traumatisme qu’elles ont subi et doivent faire face à la misère, à une grossesse subie, à des enfants qu’elles n’ont pas voulus, au sida ou à l’ostracisme de leurs proches qui les rejettent parce que « malades » ou « souillés ».
- Dans sa déclaration du 27 Juillet 2007, le professeur Yakin Ertürk fait savoir que Synergie provinciale du Sud Kivu sur la violence sexuelle a enregistré 4500 cas de violences sexuelles pendant les six premiers mois de l’année 2007.
- Ces cas cités ici ne sont qu’une goutte dans un océan de barbarie sexuelle ; l’on ne peut pas citer tous les cas, la grande majorité étant située dans des milieux inaccessibles. Le Dr Christophe Kimonou ne s’étonne plus de rien ; il dit tout simplement : « Le viol est une chose très courante ici ». Et il ajoute : « des agressions commises en groupe, le plus souvent accompagnées d’une invraisemblable barbarie ». Pour John Holmes, coordinateur des opérations d’urgence des Nations Unies, « le viol est presque devenu un phénomène culturel ». Comment comprendre cette situation jadis ignorée des paisibles citoyens de l’Est de la R.D.C. ?
2. UN SYSTEME D’IMPUNITE QUI AGGRAVE LA SITUATION
Nous constatons avec regret, non seulement que la grande majorité de ces crimes reste impunie, mais aussi que les auteurs de ces agissements courent sans être inquiétés et récidivent sans rien craindre, mais augmentent toujours davantage le degré de leurs exploits barbares. Nous déplorons une indifférence complice et coupable, aussi bien celui affiché par les autorités civiles et militaires, que celui dont fait montre la communauté internationale, face à une catastrophe humanitaire des pires de l’histoire de l’humanité. Il est choquant d’observer dans la réalité quotidienne, et de lire dans plusieurs rapports d’organismes internationaux, que les auteurs de ces crimes barbares ne sont pas inquiétés, et s’ils sont arrêtés, pour la forme, le lendemain ils sont relâchés sans subir aucun châtiment. La situation décriée aujourd’hui a déjà largement dépassé les limites ; à quoi devons-nous nous attendre demain ? Les populations meurtries de l’Est de la R.D .C. appellent à la justice ; il est inhumain de rester sourd à ce cri de détresse.
3. UNE ACTION URGENTE ET PROFONDE S’IMPOSE.
Cependant, il apparaît clair que les violences sexuelles sont devenues une arme redoutable pour anéantir et décimer tout un peuple. Eu égard à l’impunité notoire qui se vit, l’on pourrait se demander si cette pratique n’est pas sciemment entretenue par des personnes à la course du pouvoir ou des pouvoirs internes et externes dont les agendas restent souvent cachés. Les beaux discours faits aux yeux du public et les condamnations verbales ne sont pas toujours suivis d’actions concrètes destinées à mettre définitivement un frein à cette pratique qui avilit aussi bien l’acteur que la victime. Une action urgente et profonde s’impose.
Fait à Lubumbashi, le 1er Mars 2008.
L'USUMA-ASUMA (Eglise Catholique du Katanga) et tous les membres des congrégations religieuses œuvrant au Katanga.
27 février 2008
Et la vie continue...
Il y a quelques mois, un Antonov causait la mort d'une trentaine de personnes en s'écrasant sur un quartier de Kinshasa. Aujourd'hui, les débris de l'avion sont abandonnés sur le bord de la route qui mène à l'aéroport. Ils narguent les voyageurs qui vont s'envoler. Mais personne ne s'intéresse plus à eux. La jungle urbaine les a engloutis...
22 février 2008
"Changement des mentalités"...
Dans les administrations congolaises, les ressources humaines dépassent souvent les moyens matériels. Les fonctionnaires s'entassent parfois par dizaines dans des bureaux trop exigus créant une ambiance assez peu propice au travail. Mais l'heure est au changement. Conscients des défis à relever, nombreux sont ceux qui retroussent leurs manches pour sortir le pays de l'ornière...
19 février 2008
Bon anniversaire...
"Du Cabiau à Kinshasa" souffle aujourd'hui sa toute première bougie. Un an d'aventures et de découvertes que j'ai voulu partager avec vous sur la toile. J'ai souhaité offrir un autre regard sur Kinshasa. Un point de vue personnel, différent de celui que nous recevons généralement des médias.
Chaque semaine, vous êtes plus de 500 à visiter ce site. 130 articles ont été mis en ligne pour un total de 75 000 pages consultées. Merci pour votre fidélité et pour l'intérêt que vous portez à la RDC... C'est vous qui me poussez à continuer.
15 février 2008
Transport eza pasi... mingi!
Chaque jour c'est le même ballet, le même déferlement. Au moment de quitter mon bureau de Limete, je croise la route d'une véritable marée humaine. Entre 16h30 et 18h30, des centaines de milliers de personnes quittent le centre ville pour retourner dans les quartiers « dortoirs » de la périphérie. Alors que je dois justement me rapprocher de la Gombe, je remonte les embouteillages et la foule qui fait les pieds. La scène est surréaliste. Elle est pourtant quotidienne.
Faire les pieds, c’est la fatalité. Parce que Kinshasa est une ville de huit millions d’habitants dont les infrastructures n’ont pas évolué depuis l’époque où elle en comptait cinq cent mille. Mais surtout, parce que les moyens de transport font cruellement défaut. L’unique société de transport public, la STUC, compte moins de 300 bus dont la moitié est immobilisée. A titre de comparaison, la RATP dispose à Paris de plus de 4000 bus, 700 rames de métro et 400 de RER....
A Kinshasa, il n’y a donc que la débrouille sur laquelle on peut compter. Tout ce qui roule fait office de transport (très) collectif. Une benne de camion peut par exemple emmener sans difficulté une cinquantaine de passagers.
Lorsqu’un véhicule vide s’arrête sur le bas côté, il est pris d’assaut par les marcheurs fatigués. Tout le monde se met à courir. C’est la cohue, la loi du plus fort. Il faut jouer des coudes et donner de la voix pour espérer trouver quelques centimètres carrés. Il faut aller vite. Il n'y a pas de place pour tout le monde.
Mais ces véhicules sont moribonds. La plupart d'entre eux arrivent déjà dans un piteux état. Mais il faut admettre que leur mort est légèrement accélérée. Quand ce n’est pas l’état des routes, c’est le surchargement systématique qui tue la mécanique. Ici, un combi peut contenir une trentaine de personnes et un bus plus de 150. Les vieilles camionnettes Belgacom que l'on croisait partout il y a six mois ont toutes disparues. Qui veut aller loin ménage pourtant sa monture…
07 février 2008
airDC... lisez RDC, pas "air décès"!!!
Dans quelques semaines, le ciel congolais devrait accueillir sa première compagnie aérienne non « blacklistée ». Jusqu’ici, seuls l’Union Européenne (Echoflight) et la MONUC offraient des avions aux normes occidentales pour des déplacements à l’intérieur du pays. Mais ces vols "sécurisés" étaient jusqu'ici réservés au personnel humanitaire et des Nations Unies. Malgré la quarantaine de compagnies aériennes locales, il y avait donc place pour la nouvelle venue.
"airDC" la bien nommée est la fille de Hewa Bora et de Brussels Airlines. Elle devrait permettre de relier Kinshasa et les autres villes du pays dans les meilleures conditions. Dès le mois de mars, trois avions opèreront depuis l’aéroport de Ndjili. Deux BAe-146 effectueront les vols intérieurs. Comme les fameux Antonovs, ils peuvent atterrir partout, sur pistes courtes et/ou défoncées. Un Boeing 737-300 reliera quant à lui les capitales de la sous-région.
Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, Royal Air Maroc devrait très bientôt également atterrir à Kinshasa. Cela signifie qu'il sera alors possible de venir de Bruxelles via Casablanca pour moins de 700 euros. Ca va nous changer des prix exorbitants pratiqués par Brussels Airlines et Air France. En effet, les deux compagnies ont pris pour habitude de se renflouer sur leurs lignes africaines où la concurrence est nettement moins féroce que dans le ciel européen. Autrement dit, ce sont les Africains et l'aide au développement qui servent à éponger les pertes réalisées sur les lignes où elles doivent rivaliser avec Ryanair. La nouvelle venue, RAM est donc vraiment la bienvenue. Le désenclavement, c'est le début du développement...
04 février 2008
Il n'est pas mort!!! J'ai retrouvé Trotsky à Kinshasa. Il se fait appeler J-C...

24 janvier 2008
Jamais dans la demi mesure...
Le week-end dernier, je suis allé saluer un ami à Kimpese, une petite ville sur la route de Matadi. Ce matin, j'apprenais que vingt personnes ont perdu la vie, le même week-end, sur cette même route. 250km de bitume, la pluie, 5 accidents, 20 morts...
En RDC, quand il s'agit de vies humaines, les statistiques s'affolent trop souvent. A une autre échelle, l'ONG International Rescue Committee nous rappelle que la guerre et la crise humanitaire qui ravagent l'Est du pays ont fait 5,4 millions de morts en dix ans. C'est le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale. Dans le domaine de la santé, on estime que 1500 Congolais meurent chaque jour faute d'accès aux soins de base.
Derrière ces chiffres que l'on avale chaque matin, autant de drames et de familles déchirées. Il faut parfois prendre une route pour le réaliser...
20 janvier 2008
Pointe Noire la bien nommée…
Pour les fêtes de fin d’année, je me suis rendu avec quelques amis à Pointe Noire, la capitale économique de l’autre Congo, le petit frère d'en face. Le but du voyage ne devait pas nous faire décoller des pâquerettes. Plages, crustacés et cocotiers, nous étions d’abord là pour recharger les batteries. Mais cette première traversée du fleuve a tout de même inspiré quelques réflexions dont je voulais vous faire part.
Première réflexion : le jardin parisien
Si on exclut Rome et le Vatican, Kinshasa et Brazzaville sont les deux capitales les plus proches du monde. Seul le fleuve les sépare. Mais en l’absence de pont, il les sépare rudement bien. En quelques centaines de mètres, vous passez d’un univers à un autre.
On m’avait dit que je serais surpris par le calme de la ville, son côté provincial. C’est vrai que Brazza est un gros village comparé à Kinshasa. Mais il n’y a là rien d’étonnant. En revanche, j’étais nettement moins préparé à cette sensation de débarquer en France ou disons en Afrique française, pour rester correct. En traversant le fleuve, on entre dans cet immense jardin parisien qui court du Maghreb à l’Afrique Centrale.
Je n’avais pas encore un pied à terre qu’un officier des douanes congolaises se présentait devant moi affublé d’un drapeau tricolore… bleu-blanc-rouge! Son uniforme semblait tout droit sorti d’un épisode de Julie Lescaut. Je n'aurais pas été surpris qu'il prenne l'accent marseillais pour réclamer mes papiers.
Quelques centaines de mètres plus loin, un mémorial monumental est érigé à la gloire de Pierre Savorgnan de Brazza, l’explorateur français qui a découvert le pays. J'ai dû me pincer. Un panthéon à la gloire de la colonisation française. La première pierre a été posée par Jacques Chirac en… 2005!!! Il aura coûté la modique somme de 15 millions d'euros.
Sur la route de l'aéroport, le chauffeur du taxi voulait me convaincre que nous n’étions pas dans un DOM-TOM, je commençais sérieusement à en douter. Une multitude de détails rappellent l'in... ... fluence de la France dans la région. Alors que Kinshasa a déboulonné depuis longtemps ses statues coloniales, on peut souhaiter au voisin d’en face que le XXIème siècle sera celui de l’indépendance...
Seconde réflexion : la malédiction du pétrole
Par le passé, la région était surtout réputée pour ses esclaves. En trois siècles, plus d’un million et demi de personnes ont été déportées au départ de ces côtes. Aujourd’hui c’est une autre forme d’or noir qui attire les occidentaux sur la façade atlantique de l'Afrique.
Pointe Noire la bien nommée est ma première aventure pétrolière. Mon premier contact avec cet univers opaque et visqueux qui malheureusement domine le monde. Bien sur, nous ne sommes pas à Dubaï mais le pétrole et Total sont ici omniprésents. A la nuit tombée, les plateformes scintillent à l'horizon. Elles illuminent l’océan. C’est joli. Mais le charme est vite rompu si l’on creuse un peu.
De part et d’autre du boulevard Charles de Gaulle (Ca ne s'invente pas!), le centre ville est propre, sur, parsemé de grosses villas et d’hôtels hors de prix. C’est la face émergée de la manne pétrolière. Deux kilomètres plus loin, la cité est défoncée, oubliée… comme ailleurs. Décidemment, le pétrole ne profite pas à tout le monde.
A en croire Global Witness (2005), mon impression n’était pas tout à fait erronée : « La République du Congo illustre clairement combien une mauvaise gestion des revenus pétroliers, en plus d’empêcher les pays de s’enrichir, peut instaurer un environnement où règnent corruption et instabilité. » Le pétrole a rapporté trois milliards de dollars à l’Etat congolais en 2006 (750$ par habitant). Pourtant, plus des deux tiers de la population vit avec moins de 1$ par jour. Curieuse répartition…
Troisième réflexion : le rayonnement de Kinshasa
A 600 km, Kinshasa est dans toutes les têtes. L’attraction économique de la capitale voisine s’est effondrée avec les années. Mais son influence culturelle et sociale reste énorme. Il faut dire que Kinshasa seule, c’est deux fois la population du Congo-Brazza. Chaque année, des milliers de Kinois s’en vont chercher un revenu dans les régions environnantes. A Pointe Noire, on a parfois le sentiment qu’ils ont colonisé la ville. La musique kinoise est partout, dans les bars comme dans les taxis.
Dès qu'on parle de "la métropole", on suscite une foule de réactions. Le plus souvent elles sont positives. Ceux qui l'ont connue sont généralement nostalgiques. C'est vrai que ça bouge nettement plus de l'autre côté du fleuve. Kinshasa continue donc de fasciner et garde une aura impressionnante. Les heures de gloires de Kin-la belle n’ont pas été oubliées et beaucoup refusent de croire qu'elle est aujourd’hui largement délabrée. Le mythe a la vie dure...

















