20 mars 2008
Ceci n'est pas une fiction...
Voilà un an que je passais tous les jours devant cette étrange potence. Un vestige d’une autre époque dont je me demandais bien l’utilité passée. Elle trône sur le boulevard Kasa-Vubu dans la commune de Bandal. Je me disais qu’elle avait du en son temps suspendre un panneau de signalisation… une publicité peut-être.
Je n’en avais pas fait une obsession. La question ne m’empêchait pas de dormir. Ce genre de mobilier urbain désuet n'est pas rare à Kinshasa. A vrai dire, j’en avais complètement oublié l’existence… jusqu’à jeudi dernier.
Alors que je partageais une Primus avec un ami dans un vieux bar du centre ville, un « papa » s’est présenté à nous avec un guide touristique du Congo-Belge rédigé en flamand en 1958. Ce genre d’ouvrage attire généralement mon attention. Il y a souvent quelques perles à y découvrir. Le pays a tellement changé…
Mais quelle ne fut pas ma surprise d’y retrouver la vieille potence de Bandal. Sur la photo, on l’aperçoit surplombant… un bus!?!? En une photo, ma curiosité était aiguisée. Je devais en savoir plus. Cette ville aurait-elle connu des transports publics performants? De l’électricité de qualité??? Il fallait faire la lumière…
Les technologies modernes m’ont rapidement permis d’élucider le mystère. Sur internet, j’ai ainsi pu découvrir que Léopoldville avait servi de laboratoire géant pour un réseau de transport en commun… hors du commun. Au début des années cinquante, une firme suisse avait mis au point un nouveau type de bus révolutionnaire. Le Gyrobus : un véhicule électrique sans câble jamais rencontré auparavant.
Le concept technique est fascinant. Il mérite le détour. Pour faire simple, une borne électrique de rechargement est installée tous les deux kilomètres et permet de relancer un volant de 1500kg (1,6m de diamètre) suspendu sous le véhicule. Celui-ci, en tournant à très grande vitesse (3000 tours/min.), emmagasine l’énergie nécessaire pour rejoindre l’arrêt suivant. Il faut alors 30 à 120 secondes pour faire le plein d'énergie en redonnant au volant sa pleine rotation.
Les 12 gyrobus de Kinshasa parcouraient alors quatre lignes. Ils pouvaient chacun embarquer 90 personnes à plus de 60km/h.
Seules trois villes au monde ont vu circuler ces véhicules précurseurs : la ville suisse du constructeur, Gand et Kinshasa.
Malheureusement, on ne peut pas dire que l’initiative ait été couronnée de succès. Après quatre ou cinq années de fonctionnement, les gyrobus ont disparu de la circulation. Plusieurs raisons ont été évoquées. Les véhicules auraient souffert d’une usure précoce, ils auraient mal supporté l’humidité locale et les chauffeurs auraient pris trop de raccourcis sur des pistes en terre d’ou il était bien difficile de les extraire une fois les batteries déchargées.
Mais en ces temps de réchauffement climatique et de métropoles asphyxiées, alors que Kinshasa est paralysée par les embouteillages et que j’ai tout le mal du monde à allumer une ampoule de 30 watt dans ma maison… ce projet laisse rêveur.
12 mars 2008
Des pains en or...
Il y a quelques semaines, par un heureux hasard, je me suis retrouvé autour d'une pizza avec le directeur d'une grande entreprise brassicole de la place. Comme la musique ou la religion, le houblon est un acteur clé de la vie kinoise. Dans les coins les plus inaccessibles de la capitale, par delà le sable et les érosions, là où il n'y a ni routes ni électricité, la bière est fraîche et abondante.
Au début des années nonante, alors que deux vagues de pillages ruinaient durablement le pays, les brasseries étaient curieusement épargnées... Cela donne une idée de l'importance du personnage sur la scène économique et sociale (!!!) locale. L'homme a une multitude d'anecdotes invraisemblables à partager. Il connaît la ville comme sa poche. Bonheur! Je buvais du petit lait.
Selon lui, il y a trois secteurs particulièrement porteurs à Kinshasa: les télécommunications, la bière et... le pain. Pour les deux premiers, pas de doute possible. La concurrence est acharnée et les publicités colorent la ville. Des milliers de commerces sont repeints à grands frais aux couleurs du sponsor le plus offrant.
Pour le pain, cela me semblait moins évident. Je connaissais bien quelques "usines de panification" (= boulangerie industrielle kinoise), mais à cent francs la baguette (0,2$), j'étais loin d'imaginer qu'il s'agissait d'une mine d'or. Depuis cette rencontre, les faits ont confirmé ces prédictions. J'ai ouvert ma propre boulangerie et je suis devenu millionnaire... ... Bon, je plaisante. Mais un autre que moi a connu cette chance. Une immense usine de panification a ouvert ses portes à quelques encablures du stade des martyrs. Les "pains victoires" ont envahi la capitale. Des centaines de mamans sillonnent désormais la ville, leur précieuse cargaison sur la tête. Werrason, la star de la chanson, les a rebaptisés "kanga journée": un pain et tu n'as plus faim... jusqu'au lendemain.
Le revers de la médaille, c'est l'origine de la farine... systématiquement importée! Comme trop de produits consommés ici, chaque pain est un transfert au profit des agro-alimentaires multinationaux. Américains, européens ou brésiliens les heureux producteurs de blés ne parlent pas un mot de Lingala. Dans ce pays au potentiel agricole exceptionnel, n'y a-t-il donc pas moyen de consommer congolais? On en reparlera...
07 mars 2008
Pour attirer le client...
A Kinshasa, on peut dire que la religion est dans tout et parfois même... tout dans la religion. Les Kinois sont très croyants. Comme souvent en Afrique, il est inconcevable de ne pas appartenir à une religion ou de manquer le culte hebdomadaire. Dieu existe. C'est une certitude!
A côté des trois grandes églises traditionnelles (catholique, protestante et kimbanguiste) une multitude d'églises de réveil fleurissent à travers la ville. Elles font chanter les foules et déchaînent les passions.
Évidemment, il y a à boire et à manger dans ces nouvelles formes de spiritualité. De nombreux pasteurs autoproclamés s'enrichissent sur la crédulité de leurs fidèles. Certains peuvent aussi tenir des discours véritablement destructeurs. Le phénomène des enfants sorciers rejetés de leur famille en est le pire exemple.
Dans tous les cas, quelle que soit l'interprétation qui en est faite, la Bible est partout. Ainsi, il n'est pas rare de voire des versets de l'Evangile sur les vitres des taxis ou sur la devanture des magasins. Lorsque la place manque pour écrire une phrase en entier, ses références suffiront... Nul n'est sensé ignorer la Parole de Dieu! Pas sur pourtant que "Apocalypse 22" séduira le touriste de passage...
27 février 2008
Et la vie continue...
Il y a quelques mois, un Antonov causait la mort d'une trentaine de personnes en s'écrasant sur un quartier de Kinshasa. Aujourd'hui, les débris de l'avion sont abandonnés sur le bord de la route qui mène à l'aéroport. Ils narguent les voyageurs qui vont s'envoler. Mais personne ne s'intéresse plus à eux. La jungle urbaine les a engloutis...
07 février 2008
airDC... lisez RDC, pas "air décès"!!!
Dans quelques semaines, le ciel congolais devrait accueillir sa première compagnie aérienne non « blacklistée ». Jusqu’ici, seuls l’Union Européenne (Echoflight) et la MONUC offraient des avions aux normes occidentales pour des déplacements à l’intérieur du pays. Mais ces vols "sécurisés" étaient jusqu'ici réservés au personnel humanitaire et des Nations Unies. Malgré la quarantaine de compagnies aériennes locales, il y avait donc place pour la nouvelle venue.
"airDC" la bien nommée est la fille de Hewa Bora et de Brussels Airlines. Elle devrait permettre de relier Kinshasa et les autres villes du pays dans les meilleures conditions. Dès le mois de mars, trois avions opèreront depuis l’aéroport de Ndjili. Deux BAe-146 effectueront les vols intérieurs. Comme les fameux Antonovs, ils peuvent atterrir partout, sur pistes courtes et/ou défoncées. Un Boeing 737-300 reliera quant à lui les capitales de la sous-région.
Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, Royal Air Maroc devrait très bientôt également atterrir à Kinshasa. Cela signifie qu'il sera alors possible de venir de Bruxelles via Casablanca pour moins de 700 euros. Ca va nous changer des prix exorbitants pratiqués par Brussels Airlines et Air France. En effet, les deux compagnies ont pris pour habitude de se renflouer sur leurs lignes africaines où la concurrence est nettement moins féroce que dans le ciel européen. Autrement dit, ce sont les Africains et l'aide au développement qui servent à éponger les pertes réalisées sur les lignes où elles doivent rivaliser avec Ryanair. La nouvelle venue, RAM est donc vraiment la bienvenue. Le désenclavement, c'est le début du développement...
11 janvier 2008
Un travail de Sisyphe...
Dans la plupart des quartiers de Kinshasa, les caniveaux (quand il y en a!) servent de poubelles publiques. En l'absence de collecte des immondices, la population compte sur la force du courant pour évacuer les déchets vers le fleuve.
Mais, lorsque plusieurs millions de personnes raisonnent de la sorte et que le sable s'en mêle, les pauvres collecteurs sont rapidement saturés et les inondations sont légions.
De temps à autres, un bailleur de fonds (Union Européenne, CTB...) décide de financer à prix d'or leur curage. Mais le travail est à refaire quelques mois plus tard.
La tâche est interminable, l'argent s'envole et l'histoire se répète. A quand une gestion durable des déchets à Kinshasa?
08 janvier 2008
C’est un flop et c’est mieux comme ça…
Ils voulaient un évènement historique. C’est finalement un coup dans l’eau et c’est probablement mieux ainsi. Bralima, la plus grande brasserie du pays, s’était mis en tête d’organiser l’évènement musical du siècle au stade des martyrs. Plus de cent mille personnes pour un concert improbable dont on reparlerait dans vingt ans. Un moment d’anthologie comparable au combat Mohamed Ali – Georges Foreman de 1974. Cette fois ce serait « Fara Fara », le face-à-face des deux plus grands rivaux de la musique kinoise : les monstres sacrés JB Mpiana et Werrason.
De l’extérieur, une telle confrontation ne signifie sans doute pas grand-chose. Même si le rayonnement des deux stars dépasse largement les frontières du pays, je n’en savais rien avant de débarquer. Ici, ce sont des idoles adulées. La moindre répétition, le moindre déplacement est suivi par une foule d’inconditionnels et chaque prestation donne lieu à d'interminables débats.
Le premier est kasaïen l’autre du Bandundu. Très honnêtement, ils ne sont pas si différents. Mais les Kinois ont un sens aigu de la rivalité. JB et Werra, c’est comme la Skol et la Primus : c’est (presque) pareil mais on ne peut pas aimer les deux.
Le concert devait se dérouler le 29 décembre. Un cadeau de fin d’année. Le bulldozer promotionnel était lancé et Kinshasa ne parlait plus que de ça. Qui va accepter de chanter le premier ? Comment vont se comporter les deux publics adverses ? La rencontre aura-t-elle vraiment lieu ? Ici, tout le monde garde en mémoire le double concert de la FIKIN 2005. Après 15 heures de concert le gouverneur avaient du envoyer les gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Les deux musiciens refusaient de perdre la face en arrêtant le premier (cfr. article précédent).
Cette fois l’organisateur voulait placer l’évènement sous le signe de la réconciliation. Mais les fanatiques ne l’entendaient pas de la même oreille. Il faut dire que les deux clans se détestent cordialement et que les banderoles de provocations fleurissaient déjà à travers la ville. Les risques de débordement étaient donc importants. Personnellement, je n’ai pas rencontré beaucoup de téméraires souhaitant être présents. Trop dangereux. Ce genre d’affrontement est réservé aux durs des durs… et dans ce domaine, il faut reconnaître que le public de Werra remporte la palme.
Finalement, les autorités ont choisi la voie de la raison. La bombe a été désamorcée in extremis alors que les premiers fans assiégeaient déjà le stade. C’est la police qui s’est chargée de les disperser. Certains kinois regrettent. Les autres poussent un soupir de soulagement. A Kinshasa, on ne sait jamais ce que ce genre de rassemblement peut donner…
19 décembre 2007
47 ans après l'indépendance, y a des restes...
Bon, j'admets que le lien n'est pas évident mais je le tente quand même : Trappistes - Congo - vestiges coloniaux... Vous me suivez toujours? Bon, en fait, je vous invite à lire le dernier article de Colette Braeckman à propos des missionnaires flamands au Congo. Ces héros dont personne ne parle. C'est vraiment touchant. Un docu-spectacle sur le sujet fait un tabac en Flandre actuellement. Si quelqu'un peut aller le voir pour moi, je lui paie la place...
NB : Les photos sont certifiées "Prises à Kinshasa en décembre 2007" ©
15 décembre 2007
La magie de Kinshasa...
Si on se donne la peine de la découvrir (ce que beaucoup d'expatriés ne font pas!), Kinshasa est une ville qui ensorcelle. Durant la journée, la cité bouillonne de tous côtés. L’heure est à la débrouille. L’activité est incessante, fascinante. Une fois la nuit tombée, la ville se métamorphose. Les sens se réveillent. La magie de Kinshasa opère dans l'obscurité.
C'est à travers la musique et la danse que Kinshasa vous enivre. Les musiciens sont adulés malgré l'adversité. Ils inventent les rythmes et créent l’élégance qui font oublier les difficultés. Ils sont la fierté de la population et le cœur qui bat dans la ville.
Kinshasa est riche de cette créativité. Kinshasa est belle de sa convivialité, de sa chaleur humaine, de sa spontanéité…
Une amie me disait le week-end dernier : " Nous, on n'a pas de compte en banque. On a rien... mais on vit. On vit bien!!! " Et c'est vrai que Kinshasa déborde de vie. Quand on ne sait pas de quoi demain sera fait, mieux vaut célébrer le présent...
En Vidéo : Extrait du concert privé de JB Mpiana (en rouge pour les profanes) à Kinshasa le 1er décembre 2007... Lopele!!!
03 décembre 2007
Supermarcheur...
A Kinshasa, il faut rarement se déplacer pour trouver chaussure à son pied… littéralement, évidemment! Il est en effet possible de faire ses courses en dégustant une Skol bien fraîche sur une terrasse ensoleillée.
A peine installé, le ballet des vendeurs ambulants est généralement incessant... parfois un rien envahissant. Une soudaine envie de cacahuètes grillées, d'oeufs durs ou de racines aphrodisiaques? Il y en a pour tous les goûts. Vous avez cassé votre miroir ? Perdu votre ballet ? ... Détruit votre paillasson ??? Pas la peine de décoller de votre chaise, vous serez servis en un clin d'oeil.
Si par malheur, vous ne trouviez pas votre bonheur, pour quelques francs, un « petit » aura vite fait de le trouver…


















