pain_victoireIl y a quelques semaines, par un heureux hasard, je me suis retrouvé autour d'une pizza avec le directeur d'une grande entreprise brassicole de la place. Comme la musique ou la religion, le houblon est un acteur clé de la vie kinoise. Dans les coins les plus inaccessibles de la capitale, par delà le sable et les érosions, là où il n'y a ni routes ni électricité, la bière est fraîche et abondante.

Au début des années nonante, alors que deux vagues de pillages ruinaient durablement le pays, les brasseries étaient curieusement épargnées... Cela donne une idée de l'importance du personnage sur la scène économique et sociale (!!!) locale. L'homme a une multitude d'anecdotes invraisemblables à partager. Il connaît la ville comme sa poche. Bonheur! Je buvais du petit lait.

Selon lui, il y a trois secteurs particulièrement porteurs à Kinshasa: les télécommunications, la bière et... le pain. Pour les deux premiers, pas de doute possible. La concurrence est acharnée et les publicités colorent la ville. Des milliers de commerces sont repeints à grands frais aux couleurs du sponsor le plus offrant.

victoirePour le pain, cela me semblait moins évident. Je connaissais bien quelques "usines de panification" (= boulangerie industrielle kinoise), mais à cent francs la baguette (0,2$), j'étais loin d'imaginer qu'il s'agissait d'une mine d'or. Depuis cette rencontre, les faits ont confirmé ces prédictions. J'ai ouvert ma propre boulangerie et je suis devenu millionnaire... ... Bon, je plaisante. Mais un autre que moi a connu cette chance. Une immense usine de panification a ouvert ses portes à quelques encablures du stade des martyrs. Les "pains victoires" ont envahi la capitale. Des centaines de mamans sillonnent désormais la ville, leur précieuse cargaison sur la tête. Werrason, la star de la chanson, les a rebaptisés "kanga journée": un pain et tu n'as plus faim... jusqu'au lendemain.

Le revers de la médaille, c'est l'origine de la farine... systématiquement importée! Comme trop de produits consommés ici, chaque pain est un transfert au profit des agro-alimentaires multinationaux. Américains, européens ou brésiliens les heureux producteurs de blés ne parlent pas un mot de Lingala. Dans ce pays au potentiel agricole exceptionnel, n'y a-t-il donc pas moyen de consommer congolais? On en reparlera...