Du Cabiau à Kinshasa

Mbote na yo!

24 janvier 2008

Jamais dans la demi mesure...

accident_camion_matadiLe week-end dernier, je suis allé saluer un ami à Kimpese, une petite ville sur la route de Matadi. Ce matin, j'apprenais que vingt personnes ont perdu la vie, le même week-end, sur cette même route. 250km de bitume, la pluie, 5 accidents, 20 morts...

En RDC, quand il s'agit de vies humaines, les statistiques s'affolent trop souvent. A une autre échelle, l'ONG International Rescue Committee nous rappelle que la guerre et la crise humanitaire qui ravagent l'Est du pays ont fait 5,4 millions de morts en dix ans. C'est le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale. Dans le domaine de la santé, on estime que 1500 Congolais meurent chaque jour faute d'accès aux soins de base.

Derrière ces chiffres que l'on avale chaque matin, autant de drames et de familles déchirées. Il faut parfois prendre une route pour le réaliser...

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20 janvier 2008

Pointe Noire la bien nommée…

pyramide_pointe_noirePour les fêtes de fin d’année, je me suis rendu avec quelques amis à Pointe Noire, la capitale économique de l’autre Congo, le petit frère d'en face. Le but du voyage ne devait pas nous faire décoller des pâquerettes. Plages, crustacés et cocotiers, nous étions d’abord là pour recharger les batteries. Mais cette première traversée du fleuve a tout de même inspiré quelques réflexions dont je voulais vous faire part.

Première réflexion : le jardin parisien

medium_brazza_petitjournal_detail_Si on exclut Rome et le Vatican, Kinshasa et Brazzaville sont les deux capitales les plus proches du monde. Seul le fleuve les sépare. Mais en l’absence de pont, il les sépare rudement bien. En quelques centaines de mètres, vous passez d’un univers à un autre.

On m’avait dit que je serais surpris par le calme de la ville, son côté provincial. C’est vrai que Brazza est un gros village comparé à Kinshasa. Mais il n’y a là rien d’étonnant. En revanche, j’étais nettement moins préparé à cette sensation de débarquer en France ou disons en Afrique française, pour rester correct. En traversant le fleuve, on entre dans cet immense jardin parisien qui court du Maghreb à l’Afrique Centrale.

Je n’avais pas encore un pied à terre qu’un officier des douanes congolaises se présentait devant moi affublé d’un drapeau tricolore… bleu-blanc-rouge! Son uniforme semblait tout droit sorti d’un épisode de Julie Lescaut. Je n'aurais pas été surpris qu'il prenne l'accent marseillais pour réclamer mes papiers. 

mausol_e_BrazzaQuelques centaines de mètres plus loin, un mémorial monumental est érigé à la gloire de Pierre Savorgnan de Brazza, l’explorateur français qui a découvert le pays. J'ai dû me pincer. Un panthéon à la gloire de la colonisation française. La première pierre a été posée par Jacques Chirac en… 2005!!! Il aura coûté la modique somme de 15 millions d'euros.

Sur la route de l'aéroport, le chauffeur du taxi voulait me convaincre que nous n’étions pas dans un DOM-TOM, je commençais sérieusement à en douter. Une multitude de détails rappellent l'in... ... fluence de la France dans la région. Alors que Kinshasa a déboulonné depuis longtemps ses statues coloniales, on peut souhaiter au voisin d’en face que le XXIème siècle sera celui de l’indépendance...

Seconde réflexion : la malédiction du pétrole

Par le passé, la région était surtout réputée pour ses esclaves. En trois siècles, plus d’un million et demi de personnes ont été déportées au départ de ces côtes. Aujourd’hui c’est une autre forme d’or noir qui attire les occidentaux sur la façade atlantique de l'Afrique.

TotalPointe Noire la bien nommée est ma première aventure pétrolière. Mon premier contact avec cet univers opaque et visqueux qui malheureusement domine le monde. Bien sur, nous ne sommes pas à Dubaï mais le pétrole et Total sont ici omniprésents. A la nuit tombée, les plateformes scintillent à l'horizon. Elles illuminent l’océan. C’est joli. Mais le charme est vite rompu si l’on creuse un peu.

De part et d’autre du boulevard Charles de Gaulle (Ca ne s'invente pas!), le centre ville est propre, sur, parsemé de grosses villas et d’hôtels hors de prix. C’est la face émergée de la manne pétrolière. Deux kilomètres plus loin, la cité est défoncée, oubliée… comme ailleurs. Décidemment, le pétrole ne profite pas à tout le monde.

A en croire Global Witness (2005), mon impression n’était pas tout à fait erronée : « La République du Congo illustre clairement combien une mauvaise gestion des revenus pétroliers, en plus d’empêcher les pays de s’enrichir, peut instaurer un environnement où règnent corruption et instabilité. » Le pétrole a rapporté trois milliards de dollars à l’Etat congolais en 2006 (750$ par habitant). Pourtant, plus des deux tiers de la population vit avec moins de 1$ par jour. Curieuse répartition…

Troisième réflexion : le rayonnement de Kinshasa

galeries_presidentielles_de_KinshasaA 600 km, Kinshasa est dans toutes les têtes. L’attraction économique de la capitale voisine s’est effondrée avec les années. Mais son influence culturelle et sociale reste énorme. Il faut dire que Kinshasa seule, c’est deux fois la population du Congo-Brazza. Chaque année, des milliers de Kinois s’en vont chercher un revenu dans les régions environnantes. A Pointe Noire, on a parfois le sentiment qu’ils ont colonisé la ville. La musique kinoise est partout, dans les bars comme dans les taxis.

Dès qu'on parle de "la métropole", on suscite une foule de réactions. Le plus souvent elles sont positives. Ceux qui l'ont connue sont généralement nostalgiques. C'est vrai que ça bouge nettement plus de l'autre côté du fleuve. Kinshasa continue donc de fasciner et garde une aura impressionnante. Les heures de gloires de Kin-la belle n’ont pas été oubliées et beaucoup refusent de croire qu'elle est aujourd’hui largement délabrée. Le mythe a la vie dure...

Posté par cabiau à 14:02 - Réflexions perso - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 janvier 2008

Un travail de Sisyphe...

orduresDans la plupart des quartiers de Kinshasa, les caniveaux (quand il y en a!) servent de poubelles publiques. En l'absence de collecte des immondices, la population compte sur la force du courant pour évacuer les déchets vers le fleuve.

Mais, lorsque plusieurs millions de personnes raisonnent de la sorte et que le sable s'en mêle, les pauvres collecteurs sont rapidement saturés et les inondations sont légions.

De temps à autres, un bailleur de fonds (Union Européenne, CTB...) décide de financer à prix d'or leur curage. Mais le travail est à refaire quelques mois plus tard.

La tâche est interminable, l'argent s'envole et l'histoire se répète. A quand une gestion durable des déchets à Kinshasa?

Posté par cabiau à 11:03 - Les curiosités locales - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 janvier 2008

C’est un flop et c’est mieux comme ça…

fara_faraIls voulaient un évènement historique. C’est finalement un coup dans l’eau et c’est probablement mieux ainsi. Bralima, la plus grande brasserie du pays, s’était mis en tête d’organiser l’évènement musical du siècle au stade des martyrs. Plus de cent mille personnes pour un concert improbable dont on reparlerait dans vingt ans. Un moment d’anthologie comparable au combat Mohamed Ali – Georges Foreman de 1974. Cette fois ce serait « Fara Fara », le face-à-face des deux plus grands rivaux de la musique kinoise : les monstres sacrés JB Mpiana et Werrason.

De l’extérieur, une telle confrontation ne signifie sans doute pas grand-chose. Même si le rayonnement des deux stars dépasse largement les frontières du pays, je n’en savais rien avant de débarquer. Ici, ce sont des idoles adulées. La moindre répétition, le moindre déplacement est suivi par une foule d’inconditionnels et chaque prestation donne lieu à d'interminables débats.

werraLe premier est kasaïen l’autre du Bandundu. Très honnêtement, ils ne sont pas si différents. Mais les Kinois ont un sens aigu de la rivalité. JB et Werra, c’est comme la Skol et la Primus : c’est (presque) pareil mais on ne peut pas aimer les deux.

Le concert devait se dérouler le 29 décembre. Un cadeau de fin d’année. Le bulldozer promotionnel était lancé et Kinshasa ne parlait plus que de ça. Qui va accepter de chanter le premier ? Comment vont se comporter les deux publics adverses ? La rencontre aura-t-elle vraiment lieu ? Ici, tout le monde garde en mémoire le double concert de la FIKIN 2005. Après 15 heures de concert le gouverneur avaient du envoyer les gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Les deux musiciens refusaient de perdre la face en arrêtant le premier (cfr. article précédent).

JB_PrimusCette fois l’organisateur voulait placer l’évènement sous le signe de la réconciliation. Mais les fanatiques ne l’entendaient pas de la même oreille. Il faut dire que les deux clans se détestent cordialement et que les banderoles de provocations fleurissaient déjà à travers la ville. Les risques de débordement étaient donc importants. Personnellement, je n’ai pas rencontré beaucoup de téméraires souhaitant être présents. Trop dangereux. Ce genre d’affrontement est réservé aux durs des durs… et dans ce domaine, il faut reconnaître que le public de Werra remporte la palme.

Finalement, les autorités ont choisi la voie de la raison. La bombe a été désamorcée in extremis alors que les premiers fans assiégeaient déjà le stade. C’est la police qui s’est chargée de les disperser. Certains kinois regrettent. Les autres poussent un soupir de soulagement. A Kinshasa, on ne sait jamais ce que ce genre de rassemblement peut donner…

Posté par cabiau à 08:26 - Les curiosités locales - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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